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 i never needed you like i do right now » evie&ethan

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MessageSujet: i never needed you like i do right now » evie&ethan   Mar 22 Nov - 21:37


I never needed you like I do right now
I never hated me like I do right now
EVIE & ETHAN

Les yeux dans le vague, le regard qui traverse les vitres renforcées, conçues pour résister aux rafales de vents, se perdant droit sur l’East River. Quelques bateaux sont de sortie, il y a même de ces fous qui ont pris pour habitude de faire du paddle sur le fleuve tous les jeudis à cette heure-ci. « Hey, tu ne devais pas être parti à midi ? » Matthew, qui vient de faire irruption dans la pièce, m’extirpe de ma rêverie. J’ai besoin d’un battement dans le temps pour revenir à ses mots, ne les ayant pas percutés directement, comme s’ils ne m’étaient pas destinés. « Euh… Oui, mais je tenais à finir ceci. » lui répondis-je en lui désignant une liste de noms et de numéros. Il sait qu’il s’agit de la liste de nos potentiels partenaires, et maintenant qu’il a compris, il fait la moue. Comme moi. C’est dingue et ça me donne la nausée à chaque fois que ça se produire. Nous tentons simplement de trouver des fournisseurs prêts à nous soutenir pour la livraison de quelques matières premières afin d’œuvrer dans les pays pauvres et de reconstruire sur place. Toutes ces personnes qui gagnent tellement d’argent qu’ils pourraient se torcher le cul avec mais qui nous raccrochent presque au nez lorsque nous leur demandons de faire une bonne action. Qu’une personne veuille gagner de l’argent, je peux le concevoir. J’étais comme ça, j’ai tout fait pour monter une bonne entreprise et m’assurer un bel avenir, mais cet argent en trop dont je n’ai vraiment que faire, je l’ai toujours réinvesti dans les projets de personnes cherchant des actionnaires ou donné à des bonnes œuvres. À quoi ça sert, franchement, de garder tout ça pour soi et de ne pas aider les autres, qu’il s’agisse du jeune étudiant sortant qui a besoin de fond pour commencer ou de cette famille qui a tout perdu sous les bombes ? « Tu peux y aller, je m’en charge. » se propose-t-il pour me décharger de ce travail en trop. Je porte un coup d’œil à ma montre. Sans compter la courte pause que j’ai prise à midi, voilà près de deux heures que je fais des heures sup’. Je souffle avant de me résigner. Encore deux ou trois appels et je lui file le relais. Je suis partagé entre l’envie de terminer cette foutue liste, de trouver les fournisseurs et partenaires nécessaires, et celle de rentrer chez moi pour me sortir la tête de ce dossier. Comme si c’était possible en fait. Je sais très bien qu’une fois à la résidence, je prendrai mon ordinateur portable et me connecterai pour y travailler à distance. Ces pays n’attendent pas, encore moins ce village sur lequel nous bossons depuis des moins afin d’aménager un espace urbain décent à ses habitants. Une quarantaine de minutes plus tard, je suis finalement dans les sous sols au volant de ma Tesla, prêt à mettre le cap sur les Hamptons. Un peu plus de deux heures trente de route en comptant les bouchons, un rituel suivi depuis un peu moins d’un an tous les lundis soirs dans un sens et jeudis midis dans l’autre. Deux heures que je n’utilise généralement pas pour m’arrêter de penser en suivant simplement la route. C’est souvent le moment où je suis en contact avec mon avocat ou d’autres entrepreneurs. Chaque moment doit être rentabilisé autant que je peux, et c’est comme ça depuis mon retour de l’horreur. Beaucoup ont parié sur le fait que je ne tiendrais pas le coup, que je finirais par flancher, mon corps abandonnant avant mon esprit et pourtant, me voilà toujours debout sur mes deux pieds et en bonne santé, enfin si on peut dire.

J’arrive sur la propriété de mes parents après une route calme une fois sorti des bouchons de New York, balayée par les feuilles d’automne virevoltant sur mon passage. Je passe la grande porte d’entrée en bois pour déboucher sur un salon et une cuisine tout aussi déserts l’un que l’autre. Mes parents n’ont aucun compte à me rendre sur leur emploi du temps mais je pensais les retrouver ici. Je dépose ma veste en cuir sur le porte manteau dans l’entrée et me dirige vers le bureau pour y déposer ma mallette. Je déteste avoir une mallette, ça fait très homme d’affaire et ce n’est pas du tout l’impression que je veux donner, mais elle contient des documents précieux que je tiens à emporter partout avec moi, sauf lorsque je suis ici, je sais qu’elle est en sécurité. Je me rends ensuite vers le pavillon situé à l’arrière de la villa, où je vis avec Evie depuis notre retour de Syrie. Nous l’avons complètement aménagé en un appartement fonctionnel et c’est notre chez-nous à présent, même s’il ne nous ressemble pas le moins du monde. À l’époque, nous avions dit oui à tout, pourvu qu’on nous foute la paix avec des futilités pareilles. Qu’en avions-nous à faire de la couleur des murs dans la chambre, de la position de l’électroménager dans la cuisine ou de la matière de nos meubles ? En traversant le jardin, je croise ma mère et lui adresse un léger sourire, heureux de la trouver. Elle me demande rapidement comment s’est passée ma semaine à New York et je ne lui en évoque que quelques mots, espérant qu’elle les jugerait suffisants et me laisserait vaquer à d’autres occupations. Je l’adore, mais parler de mon boulot avec elle, ce n’est franchement pas une chose que je désire lui imposer. Je suis surpris de ne pas trouver dans le pavillon la brunette qui s’est épris de mon cœur quatre ans auparavant. Quelque part, j’espérais qu’une fois passé le pas de la porte, elle apparaitrait dans mon champ de vision et qu’automatiquement, mon cœur se réchaufferait. Je déteste la laisser seule ici ces trois jours par semaine, mais j’y suis bien obligé. Et puis son travail à elle est ici. Pas à New York. Maintenant qu’elle a enfin trouvé une voie dans laquelle se reconvertir, je ne pourrais la lui arracher. Elle semble aller mieux depuis. Du moins c’est l’impression que j’en ai. Sur la table basse trainent des magazines de mode. Un décor avec lequel j’ai encore du mal à m’habituer tellement il contraste avec celui d’Alep et de ces magazines qui étaient alors des reportages photographiques pour la plupart. Je ne la retrouve pas dans cet univers, mais je ne suis personne pour lui dicter sa voie. Je me dis que tous ces magazines sont là pour son inspiration, pour qu’elle s’intègre mieux à cet univers qui lui est moins le moins nouveau, les strass et paillettes détonnant avec la poussière et les débris. « Maman, tu sais où est Evie ? » demandais-je à ma mère, étant ressorti et l’interrompant dans son taillage de rosiers. « Il me semble qu’elle est parti faire un tour sur la plage, mais ça fait bien une heure maintenant. » me répond-elle non sans avoir vérifié l’heure sur sa montre. Je la remercie avant de revenir dans le pavillon, enfilant un pull plus épais sur ma chemise pour braver le vent frais de cet automne. Je m’en vais vers le chemin qui mène à la plage depuis notre propriété avant de regarder autour de moi. J’ai une chance sur deux. Me diriger vers la ville ou, au contraire, marcher vers l’extrémité des terres. Je décide l’extrémité, parce que c'est ce que j’aurais choisi et que, même si j’ai du mal à y croire encore, Evie et moi fonctionnons de la même façon. Je me dis qu’au pire, je ferai marche arrière et l’attendrai ou la retrouverai à la maison, mais je préfèrerais la croiser en chemin. L’air frais s’engouffre dans mes poumons et les gonfle aussitôt, l’épurant de la pollution de New York. Une quinzaine de minutes plus tard, je l’aperçois au loin. Je pourrais reconnaître sa silhouette gracieuse entre mille. Elle est toujours magnifique quand elle croit que personne ne l’observe. Mon cœur sourit et mon estomac se dénoue. Je m’approche petit à petit, elle est dos à moi. Je me rends compte alors qu’elle porte son appareil photo dans sa main gauche et doute qu’elle revienne d’un shooting photo. L’espoir en moi nait qu’elle se soit remise à faire des photos spontanément. De ce qui l’entoure. De ce qui est vrai et authentique. De ce qui vit sous ses pas. Le vent balaye ses cheveux chocolat en barrant son visage. Elle se retourne et rattache une mèche derrière son oreille. Splendide, comme toujours. Mon cœur fait un bond, et ça me fait cet effet-là à chaque fois. Un sourire se dessine sur mes lèvres. « Désolé pour le retard. » m’excusais-je sincèrement, conscient toutefois que ces mots ne suffiraient pas. Mes lèvres se déposent sur son front, le temps de quelques secondes, comme un instant suspendu, vestige d’une forme de rapprochement qui se fait rare. Quelques secondes à peine, le temps que le goût salé de sa peau se dépose sur ma bouche et que son odeur délicaté se faufile à travers mes narines. L’instant d’après, je suis à ses côtés et c’est sans se passer le mot que nous reprenons sa marche. « Tu as repris la photo ? » lui demandais-je ensuite, assez hésitant. Je prie secrètement pour ne pas m’être aventuré sur un terrain glissant.
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MessageSujet: Re: i never needed you like i do right now » evie&ethan   Mer 30 Nov - 15:48

La mer. Il y a quelque chose d'étonnamment libérateur à se perdre dans ses embruns. Elle est belle, majestueuse, surtout ici dans les Hamptons où elle se révèle sauvage et farouche. Elle est constante, enfin, éternelle tout en se laissant aller à des humeurs qu'Evie a toujours trouvé terriblement féminine et par là même, séduisantes. La mer est souvent calme et placide, offrant au ciel et au soleil le soin de se mirer à l'infini dans des fragments lumineux et presque magiques. Ainsi, c'est une mère qui pousse les échoués vers le rivage, elle calme, apaise et protège. Et puis parfois, elle se déchaîne comme une femme négligée ou une maîtresse passionnée, débridée. Elle s'écrase contre les rochers, roule et tempête bruyamment, condamnant les naufragés aux profonds de ses flots. Peu importe la facette qu'elle offre, elle dégage toujours une beauté magnétique, un chant des sirènes qui attire à elle les tristes de ce monde, les mélancoliques dont le regard aiguisé se nourrit de la poésie de ce monde. Evie en fait partie. Elle s'imagine souvent comme une vague malmenée par la tempête. Une vague qui se brise continuellement sur les mêmes rochers escarpés mais qui survit au choc, qui encaisse à défaut d'apprendre à l'éviter. Qui revient de si loin, à chaque fois, qu'elle force une certaine forme d'admiration malgré sa passivité, sa soumission naturelle aux éléments extérieurs. Aux vents qui l'emportent, à la mer qui l'agite, au tranchant d'une lame de pierre. Evie aime le spectacle de l'océan qui aiguise le moindre de ses sens, comme à cet instant. Pas seulement sa vue, mais les autres aussi. Elle aime sentir les grains de sable glisser entre ses doigts ou sa peau se piquer de frissons face à la brise marine. Elle aime aussi cette odeur singulière, ce mélange iodé particulier et la mélodie du bord de l'eau. Depuis son retour, c'est là qu'elle passe le plus de temps, à égalité avec la tombe de son frère, toujours fleurie par ses soins, à qui elle se confie à coeur ouvert. La mer est une seconde confidente, plus silencieuse, moins acquise, et elle ne manque jamais de la retrouver, quotidiennement. Evie s'installe à même le sable et laisse parfois les vagues lui lécher les pieds, dès que le printemps revient. Ici, elle se sent en sécurité, loin du regard des autres, ces regards qu'elle élude car ils tentent d'aller là où elle ne les autorise pas, ils essayent de fureter derrière la barrière de ses lèvres closes, derrière ses sourires de façade qui sonnent creux et ses gestes discrets, fuyants, de fille du vent. Près d'une nature brute, Evie se ressource, elle respire à pleins poumons et jette ses pensées à l'eau en espérant les noyer. Parfois, elle aimerait y vider son coeur en entier, le saisir entre ses doigts et puis le presser comme une éponge au-dessus des vagues jusqu'à ce qu'elles avalent tout et entraîne dans les profondeurs abyssales tout ce qui la ronge. Les souvenirs cuisants, les peines et les douleurs. Elle voudrait aussi se délester de ses doutes, de ses hésitations, de tout ce qui l'empêche d'avancer un pas devant l'autre sans avoir l'air du jouet délaissé qu'un môme aurait martyrisé. C'est important de se consacrer du temps, lui répète son thérapeute. Des instants rien qu'à soi où réapprendre à respirer, à méditer, à s'alléger. A vivre. Evie vit. Elle en a l'impression du moins mais elle joue plutôt une comédie perpétuelle, le rôle de sa vie, le sien. Elle se joue en public comme elle aimerait être, elle joue avec des si à composer la jeune femme qu'elle serait devenue si son enfance avait été autre, si son parcours avait été autre, si sa trajectoire en Syrie avait connu le dénouement qu'elle espérait. Pas heureux, elle n'a pas cette audace. Elle se serait contentée d'un doux-amer, de la satisfaction d'avoir fait de son mieux, d'avoir alerté, raconté, ému. Aidé. Mais ce qu'elle montre, ce n'est pas tout à fait elle et c'est épuisant de se dissimuler en permanence. Alors ces moments, ils sont précieux.

Debout face à l'immensité qui lui fait face, Evie reste silencieuse, grelottant dans son gilet trop fin. Elle est à la fois là, et pas là. Là, les pieds bien amarrés au sol, consciente d'appartenir à un tout qui la dépasse et la submerge à la fois, un tout qui fait sens. Et absente car ses pensées sont éteintes, noyées dans le simple fait de ressentir, de se concentrer sur sa respiration, lente et profonde, sur ses cheveux qui fouettent ses joues glacées, sur son appareil dernier cri au creux de sa main, sur le voilier qui vogue au loin... C'est lui qui brise l'enchantement, lui qui lui rappelle un autre voilier, un autre voyage qui lui coupe le souffle. Elle le photographie, Evie. Elle le photographie comme on conjurerait un maléfice, comme on dissiperait un mauvais sort. Elle ne prend pas le temps de cadrer, de viser, de rechercher une technicité parfaite, c'est un cliché spontané supposé la défaire d'un traumatisme profond qui trouve toujours une nouvelle façon de s'immiscer en elle. Ce cliché, c'est une piqûre de rappel. Ce n'est pas ton bateau, Evie, ce n'est pas ton cauchemar, c'est terminé, ce voilier, il part en vacances ou il en revient, il a vécu des aventures formidables et il ne tient qu'à toi d'en faire de même parce que tu as fait le plus dur. Tu es revenue, tu es en vie. Et surtout, il est en vie. C'est ce que murmure une voix bienveillante en elle alors qu'elle fixe l'écran de l'appareil et la photo qui y trône. Elle y croit presque et ça lui arrache un sourire qui est beau seulement parce qu'il n'a pas conscience de poindre sur ses lèvres, éphémère par nature. Evie se retourne comme si elle savait qu'Ethan était là. Elle ne l'a pas entendu mais quelque chose en elle résonne toujours à son approche, un quelque chose qu'elle berce et préserve de la noirceur tapie à l'intérieur de son corps meurtri, un quelque chose clair et lumineux comme elle, solide et apaisant comme lui. Elle croise son regard azur dans lequel elle s'est tant perdue et attend, ignorant les pas d'une danse qu'elle connaît pourtant par coeur. Ou connaissait, à l'époque des valses et des tangos, de ces rondes qui ne sont belles qu'à deux et qu'ils sublimaient envers et contre tous, eux contre le reste du monde. Mais il est mort ce temps-là et Evie est parfois empreinte d'une gravité solennelle en sa présence, d'un embarras dont elle ne parvient pas tout à fait à se défaire car elle avance à l'aveugle. Elle tâtonne au lieu de danser et le laisse conduire les échanges, se calquant à son humeur, à sa distance, à sa réserve jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus, jusqu'à ce qu'elle le pousse à bout, elle aussi. Ethan s'avance et elle l'accueille d'une esquisse timide, tendue, qui ignore le bon comportement à adopter. C'est ça le pire. Cette sensation de perdre pied, d'oublier ce qui était pourtant naturel, avant. Avant, à l'époque où ses bras étaient son refuge, où sa peau brûlait au contact de la sienne et où rien d'autre que lui ne comptait. Les bombes pouvaient frapper, les balles les frôler, la faim les tirailler, ça n'importait pas parce qu'ils étaient là, ensemble. Ils portaient leur amour comme étendard, à la fois épée et bouclier mais une part de lui est mort là-bas ou simplement perdu et sans une pièce essentielle, le reste est branlant et frissonne au moindre vent. Ethan s'excuse de son retard et à l'intérieur, c'est un grand rien, une aridité nouvelle, un désert. Evie a dépassé le stade de l'attente, de la colère, il ne reste qu'une pointe de jalousie, digérée elle aussi, qui a cessé de se battre devant l'inéluctable : elle ne fait plus son bonheur et s'il le trouve ailleurs, alors c'est bien. Même si ça fait mal. « Ça ne fait rien. » Sa voix est lasse, éteinte, c'est le timbre de la routine et du renoncement. Elle est habituée à ses retards, malheureusement, elle se fait à ses absences comme des prémices d'un futur sans lui qu'elle ne désire pas mais qui lui semble chaque jour se rapprocher, inexorablement. « Tu as passé une bonne semaine ? » s'entend-elle ajouter dans une banalité qui lui fait horreur. En sont-ils là ? Sont-ils tombés aussi bas ? Osent-ils vraiment les babillages inutiles après s'être livrés leurs âmes ? Evie baisse le regard, loin du sien qu'elle a toujours si peur de décevoir, consciente qu'elle n'a pas sa force, ni sa témérité. Elle possédait la même flamme mais la sienne, fébrile, menaçait de la consumer toute entière pour survivre et elle l'a éteinte, Evie. Elle a soufflé sur la mèche de ses idéaux pour se raccrocher à une vie morne qui reste préférable au trépas. Pour se reconstruire, elle oublie, là où Ethan s'acharne avec une férocité qu'elle lui a toujours enviée. Qu'elle a toujours aimée. Ethan est un humaniste, un idéaliste qui s'est forgé tout seul malgré la richesse et une vie qui aurait pu être si facile, yeux fermés et capitalisme. Mais non. Lui c'est un soldat, un guerrier, un héros, il a cette force de l'âme qui fascine, qui transcende. Qui le transcende et à ses côtés, Evie se sent minuscule et vaine depuis leur retour. C'est un sentiment atroce qui se voit confirmé à chaque rendez-vous manqué entre eux, à chaque regard qu'il ne lui jette pas, à chaque approche qu'il feint ne pas comprendre, ne pas ressentir. Elle ne lui en veut même pas, elle sait qu'elle a failli à tout ce qu'ils s'étaient promis en abandonnant. Mais Ethan est imprévisible et là où elle attend son silence glaçant, Evie récolte un baiser. Ce n'est pas une étreinte d'amoureux, passionnelle, de celles qui laissent pantelant, le souffle court mais un geste tendre qui la bouleverse au moins tant autant tant ils sont rares. Elle ferme les paupières pour apprécier la douceur de ses lèvres chaudes sur sa peau glacée et vient presser sa main entre ses doigts, juste quelques secondes. Tu me manques. Tu me manques tous jours, constamment, tu me manques même quand tu es là. c'est ça qu'elle aimerait avouer du bout des lèvres, Evie, elle aimerait lui demander ce qu'il veut lui, ce qu'ils peuvent faire, s'il est encore possible de sauver les fragments de leur couple éparpillés au sol. Mais elle n'en fait rien, parce qu'Ethan est déjà parti, il ne reste qu'un fourmillement agréable là où ses lèvres ont goûté sa peau comme seule empreinte de son passage. Ils reprennent sa marche en bord de mer dans une scène tout droit tirée d'un film si elle était plus belle, plus romantique, moins saupoudrée de silences lourds et embarrassants. C'est Ethan qui le brise, Ethan qui semble amorcer un pas vers elle qui gonfle son coeur d'un espoir aussi vif qu'une détonation. Soudain mais éphémère. Mais l'explosion d'espoir devient vite acide : il évoque la photographie et elle sait parfaitement où ira cette conversation. Sur le terrain miné des reproches, des non-dits, de la déception, le tout drapé de la pire des incompréhensions. Elle est sur la défensive malgré elle, Evie, consciente d'évoluer sur la ligne fragile qui sépare la paix de la guerre. « Je n'ai jamais arrêté la photo. » Elle se défend de sa voix basse, fragile, qui peine toujours à se faire entendre. Même lorsqu'elle est en colère et qu'elle grimpe, elle ne tonne jamais. Au contraire, elle se brise, rocailleuse à l'extrême, comme si sa gorge était peuplée de bris de verres. Mais elle n'en est pas là. Evie cherche à éviter son procès sans savoir que là ne sont pas les intentions d'Ethan et poursuit du ton trop neutre de celui qui cherche à éviter les conflits mais les attise d'une froideur involontaire : « J'ai seulement changé leur nature... » Plus de morts sous son objectifs, plus de souffrance, plus de larmes, plus de blessés, d'yeux à vous arracher le coeur et les tripes, plus de conflits, plus d'uniformes. Plus de sang ni de sens. « Ça ne servait à rien, je l'ai compris maintenant. » Elle relève ses opales brouillées, mouillées mais déterminées, sur Ethan dans un défi silencieux. Prouve-moi le contraire murmurent-elle, toi qui te démène depuis un an dans le vent, prouve-moi le contraire, dis-moi que ce qu'on faisait avait du sens, démontre-moi que le monde a changé, qu'on l'y a aidé. Mais Evie sait que ce n'est pas possible parce qu'elle a été témoin de l'horreur des hommes, au plus profond de sa chair, à maintes reprises, ici ou là-bas. Et pire encore, elle a vécu avec autant de douleur l'indifférence de ses pairs, de ceux d'ici enlisés dans leur confort, préférant fermer les yeux en laissant un peuple indigné mais impuissant.

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I walked across an empty land, I knew the pathway like the back of my hand. I felt the earth beneath my feet, Sat by the river and it made me complete. Oh simple thing, where have you gone ? I'm getting old and I need something to rely on. So tell me when you're gonna let me in, I'm getting tired and I need somewhere to begin. This could be the end of everything, So why don't we go Somewhere only we know ?

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